Ville historique de Djibouti à Djibouti« Réalité pour un nombre croissant d'Africains (plus de 50% des Africains au sud du Sahara sont aujourd'hui urbains et en l'an 2020, plus des 2/3 des populations seront urbanisées), la ville est un phénomène très ancien en Afrique.

Elles ont d'abord été des centres de peuplement, des points commerciaux, ou encore des centres du savoir. Elles étaient définies par l'importance de leur population, les formes d'organisation spatiale (densité d'occupation spatiale), la présence des édifices et espaces à caractère marchand (marchés, lieux d'échanges), sociaux et culturels (palais royaux, lieux de rencontre, de culte, etc.).

La plupart des écrits récents attribuent à la ville africaine une double dimension de « ville africaine » et de « ville européenne », avec l'empreinte coloniale du 19 et 20 ème siècle. Ce mélange est, comme ailleurs, une des caractéristiques principales des villes du continent africain. A celles-ci s'ajoutent les villes mondialisées de notre siècle. Toutes restent néanmoins porteuses d'identités spécifiques :
• une identité liée aux formes urbaines, au patrimoine bâti, au mobilier urbain, à l'aménagement, à la disposition des rues et des places,...
• une identité liée au vécu de la ville, à son « patrimoine immatériel » : parcours urbains ; lieux forts ou lieux sacrés auxquels les gens attachent une signification rituelle / religieuse / sociale... ; témoignages de l'histoire et d'éléments dans lesquels les habitants se reconnaissent et qui constituent leur identité.

De ce fait, même si le phénomène urbain s'est accéléré au cours des derniers siècles et a été influencé par des modèles venus d'autres continents, nombre de villes gardent des traces plus ou moins visibles de ces premières installations, de leur du patrimoine matériel et, de façon plus ou moins importante, de leur dimension immatérielle.

Certaines villes comme Tombouctou, Djenné, Kano, Bobo-Dioulasso, Abomey ou encore Kampala et Axoum ont un statut de villes historiques internationalement reconnu. En effet, elles ont toujours une structure fortement marquée par leur forme originale, avec des aménagements, des lieux, un bâti et des cheminements, tous porteurs de significations et liés à des pratiques rituelles, encore très vivantes par ailleurs.

Les villes africaines, qui accueillent les populations les plus réceptives aux changements, sont davantage exposées aux risques d'effacement de leur passé sous toutes ses formes. Cette tendance est renforcée par l'imposition ou l'adoption plus ou moins complète de modèles sociaux étrangers (administration, éducation, modes de vie...) ainsi que l'apport de matériaux importés et industriels qui ont favorisé l'émergence de nouvelles références culturelles. Le développement urbain accéléré et l'établissement de schémas directeurs se traduisent par des choix et des priorités qui tendent à favoriser le progrès technologique et l'industrialisation au détriment – par manque de connaissances de leur valeur patrimoniale – des modes de vie traditionnels, qui pourtant participent très fortement au bien être des communautés. Il est important d'avoir à l'esprit qu'il est possible de concilier cette évolution avec la prise en compte des spécificités culturelles de chaque société. » Extrait de Patrimoine Culturel et développement, Guide à l'intention des collectivités locales. Edition CRATerre-ENSAG – Convention France UNESCO.